La Cavalcade des Princesses Disney – entretien avec les Créateurs Costumes, Maquillage Et Perruques

Un costume de spectacle, ce n’est pas seulement un ensemble de vêtements. C’est aussi un maquillage, une coiffure et des accessoires comme des perruques – autant d’éléments qui concourent à l’immersion des visiteurs.

Pour mieux comprendre le rôle essentiel des costumes dans La Cavalcade des Princesses Disney, la nouvelle production de Disney Adventure World, nous nous sommes tournés vers la Designer costumes Isabelle Lemarié, ainsi que les Concepteurs coiffure & maquillage Julie Martinez et Jordan Ribeiro.

Avant d’évoquer votre travail sur La Cavalcade des Princesses Disney, pouvez-vous nous parler chacun de votre métier et de votre parcours au sein de Disneyland Paris ?

Isabelle : Je travaille à Disneyland Paris depuis 30 ans, j’ai commencé comme habilleuse sur les spectacles, puis je suis devenue assistante, puis costumière Depuis 15 ans je suis designer costume pour les spectacles et Parade. C’est un métier passionnant qui nécessite de bonnes connaissances du costume de scène, de l’histoire du costume, de la couture. On dessine des costumes d’après de belles histoire, un décor. La recherche matière est également très importante. Parmi les projets qui m’ont le plus inspirée, je citerai La Forêt de l’Enchantement (2016), un très beau spectacle sur lequel j’ai eu le plaisir de travailler avec Julie pour la première fois. Il y a eu aussi La Fabrique des Rêves de Disney Junior en 2021, A Million Splashes of Colour en 2024, et plus récemment l’ouverture de World of Frozen ici à Disney Adventure World.

Julie : Pour ma part, cela fait dix ans que je suis dans l’entreprise. J’ai commencé en cosmétologie opérationnelle, ce qui veut dire que je maquillais les artistes sur le terrain. Par la suite, je suis devenue Cast Member expérimentée et j’ai beaucoup travaillé sur les spectacles, avant de passer en création il y a environ quatre ans. Mon premier grand projet en tant que telle fut Alice et la Reine de Cœur : Retour au Pays des Merveilles.

Jordan : Quant à moi, je suis coiffeur perruquier. J’ai commencé à Disneyland Paris en tant que stagiaire il y a dix ans, puis Cast Member. Par la suite, je suis arrivé à l’atelier cosmétologie, où j’étais chargé de coiffer les personnages Audio-Animatronics des attractions, avant de passer chef coiffeur perruquier puis concepteur cosmétologie comme Julie. Quand nous travaillons en binôme, je m’occupe le plus souvent des coiffures et des perruques, et Julie des maquillages, mais on peut très bien inverser. Vous l’aurez compris, Isabelle, Julie et moi, nous formons une belle équipe, sans oublier les modistes, tous les métiers du chapeau, avec qui nous travaillons aussi étroitement.

 

Comment avez-vous créé les tenues des différents artistes de La Cavalcade des Princesses Disney ? 

Isabelle : Une fois que les Metteurs en scène Françoise Baffioni et Matteo Borghi nous ont présenté le projet, en nous précisant quelles Princesses Disney étaient conviées, nous nous nous sommes replongés dans les dessins animés, car tout part des histoires imaginées par les Studios. Matteo nous a également incités à consulter les livres « art of » publiés à chaque de sortie de long métrage des studios d’animation Disney. Ce fut une source importante d’inspiration car ils contiennent un grand nombre d’images et de concepts, notamment en ce qui concerne les personnages, avec leurs costumes et motifs iconiques.

Pour autant, pour nos artistes, nous avons pris le parti d’imaginer des tenues originales dans la même ligne artistique que dans les films Disney.

De la Nouvelle-Orléans aux îles du Pacifique chaque char de la cavalcade est une invitation au voyage. Comment l’avez-vous exprimée à travers les costumes ?

Isabelle : Le char de Tiana nous emporte dans la ville de la Nouvelle-Orléans au bayou. Pour le côté urbain, nos artistes qui l’accompagnent sont en gilet et casquette. Et pour évoquer le bayou, je me suis fait plaisir au niveau des motifs – des nénuphars -, imprimés sur différents fonds de couleur. 

Pour le char de Raya, nous sommes restés assez proches du film. Même si Kumandra est un royaume imaginaire, il évoque clairement l’Asie du Sud-Est. J’aime beaucoup cette esthétique et je m’en suis directement inspirée pour créer les tenues des performers. J’ai recherché un imprimé qui rappelle ceux du film, que j’ai décliné en trois couleurs. De plus, les costumes sont délibérément asymétriques, ce qui apporte une dynamique supplémentaire.

Jordan : Quant à Julie et moi, nous sommes partis des dessins d’Isabelle pour développer des coiffures caractérisées par des petites couettes, ainsi que des maquillages qui s’inspirent de l’esthétique à la fois élégante et colorée du film. 

 

Les créateurs de Vaiana, la légende du bout du monde ont tenu à rendre hommage aux iles du Pacifique. Quelle fut votre approche ?

Isabelle : Ce fut exactement la même. Je tenais à ce que les costumes de cette unité fassent authentiques et respectent l’esprit de cette culture. J’ai beaucoup aimé travailler les matières, comme le raphia pour les jupes, et les impressions. Je voulais un côté « fait main », avec des textures un peu comme de la craie, inspirées du pastel, comme si les costumes avaient été peints sur place. Nous avons également utilisé le raphia pour les bracelets, avec des coquillages cousus. Et pour les colliers, j’ai eu l’idée d’utiliser le macramé, une forme de tissage très proche de ce qu’on peut voir dans le film. L’idée est d’emporter le public dans ce voyage à travers tous ces détails évocateurs.

Jordan : Les artistes qui accompagneront Vaiana dans cette aventure portent également de magnifiques couronnes de fleurs. J’ai beaucoup échangé avec Isabelle afin que leurs couleurs s’harmonisent avec celles des costumes, avec des tons de rose, jaune et oranger. Cela donne un joli côté acidulé. Après, sur le plan technique, ce fut un véritable défi car il faut que nos couronnes s’adaptent à toutes les tailles de têtes et que la fixation soit suffisamment stable et solide pour qu’elles ne bougent pas pendant que nos artistes dansent. Pour cela, nous avons travaillé en interne en étroite collaboration avec les modistes de l’atelier couture, afin de trouver un système de fixation permettant de consolider l’ensemble perruque, base (la préparation de cheveux de l’artiste sous la perruque) et couronne de fleurs.

Les artistes qui accompagneront Raiponce affichent quant à eux un esprit tout différent !

Isabelle : J’ai eu carte blanche pour imaginer quelque chose de très cartoon. Je suis partie de la séquence « Moi, j’ai un rêve » qui se déroule dans la taverne du Canard Boiteux. Je l’ai revue en boucle. Nos artistes sont des brigands et la particularité de ce tableau, c’est que chacun d’entre eux est un personnage à part entière, chacun a une personnalité qu’il a fallu exprimer à travers le costume, en jouant notamment sur les matières. Ces dernières sont à la fois brutes et naturelles. Une patine vient accentuer les ombres et les lumières. J’ai eu beaucoup de plaisir à développer cette approche très théâtrale.

Jordan : Pour les perruques des artistes, nous sommes partis du concept des Metteurs en scène et des dessins d’Isabelle. Au contraire, les coiffures partent dans tous les sens ! Sur cette unité, elles aident tout particulièrement à raconter l’histoire, et cela inclut perruques et postiches faciaux comme des moustaches et des boucs qu’il a fallu imaginer de telle sorte qu’on puisse les mettre et les enlever facilement et rapidement plusieurs fois par jour. C’est une unité particulièrement intéressante et vraiment très drôle ! D’habitude, chaque détail de la coiffure d’une perruque est déterminé à l’avance, à la mèche près. Or, sur cette unité, nous avons des choses complètement explosées, déstructurées. On est sur un rendu global. La technique est à l’image des personnages, avec un côté loufoque qui leur sied à merveille !

Julie : Pour les maquillages, je me suis aussi beaucoup inspirée des costumes qu’Isabelle a dessinés. Tout part de là, afin de créer une harmonie depuis le haut de la tête jusqu’au bas du corps. Pour les brigands, nous sommes partis sur une approche basée sur l’exagération, la caricature, pour mieux faire ressortir l’identité de chacun. J’ai donc travaillé très étroitement avec les Metteurs en scène pour donner à chacun un look précis. Nous avons ajouté des prothèses de nez pour leur donner une apparence comique, digne d’un cartoon. Il y a même un petit côté magique dans les maquillages. Le plus gros du travail a été de rendre chaque personnalité identifiable, notamment à travers des couleurs joyeuses et dynamiques, tout en se coordonnant harmonieusement avec le personnage principal, en l’occurrence Raiponce. J’aimerais aussi rendre hommage à l’équipe avec laquelle je travaille au quotidien en cosmétologie créative. C’est un véritable travail d’équipe : c’est ensemble que nous faisons avancer les projets créatifs, en partageant nos idées et notre expertise pour donner vie à nos spectacles ici à Disneyland Paris.

Comment les artistes gèrent-il au quotidien les perruques et les maquillages que vous avez imaginés ?

Jordan : Le coiffage est entièrement assuré par les équipes opérationnelles cosmétologie. Dans certains cas, un artiste peut poser et fixer seul la perruque, mais c’est toujours sous la supervision des équipes opérationnelles, afin de s’assurer que la vision des créateurs est toujours bien respectée.

Julie : Nous avons une équipe de maquilleurs toujours présente sur le terrain. Sur les éléments les plus techniques, comme les prothèses, ce sont eux qui vont opérer. La période de répétition d’un spectacle comme celui-ci comporte une phase de formation qui peut durer plusieurs semaines voire plusieurs mois en fonction des projets, afin que chaque artiste maîtrise parfaitement son maquillage. Nous mettons aussi à leur disposition des fiches techniques qui précisent les choses étape par étape afin qu’ils soient autonomes, sachant que nos équipes cosmétique opérationnelles sont toujours là en support en cas de besoin.

Le côté pratique des costumes est aussi essentiel dans la création.

Isabelle : Avec mon équipe, composée d’une costumière et de trois assistants, nous travaillons tout particulièrement sur l’ergonomie. Il faut que nos vêtements soient confortables, et offrent une totale liberté de mouvements. On travaille donc ensemble pour choisir des tissus qui soient souples et pas trop chauds l’été, et qui protègent du froid en hiver. Car une cavalcade  est destinée à traverser les saisons. D’autres vêtements vont alors s’ajouter au fur et à mesure que les températures diminuent. Nous avons également une sourceuse qui suit les grands salons textiles et nous rapporte régulièrement des solutions innovantes pour mieux protéger et accompagner nos performers.

Et d’où proviennent les matières que vous utilisez ?

Isabelle : Tout provient de France, de Paris comme de Province. Puis les tissus sont brodés, ennoblis et sublimés ici dans nos ateliers.

 

Costume, maquillages et perruques allient créativité et technicité.

Isabelle : C’est un privilège de pouvoir nous exprimer sur ces deux plans dans nos spécialités respectives. Chaque projet est l’occasion de relever de nouveaux défis et avec La Cavalcade des Princesses Disney, les occasions n’ont pas manqué !

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